FERRERO Prosper, Philippe, Benoît

Par Justinien Raymond, Jacques Girault

Né le 25 décembre 1859 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 18 octobre 1927 à Toulon (Var) ; journaliste ; militant socialiste ; maire de Toulon (1893-1897) ; conseiller général (1895-1897, 1913-1927) ; député du Var (1898-1910).

Prosper Ferrero, fils de Gabriel, Maximilien, ancien capitaine de l’armée sarde, devenu publiciste, descendait par sa mère, Félicité Le Frotter de la Garenne de familles bretonnes et provençales qui avaient comme ancêtre un amiral, héros d’Aboukir. Il vint jeune à Toulon mais des revers de fortune l’obligèrent à quitter le lycée et à suivre les cours de l’École supérieure de Commerce de Marseille. À dix-sept ans, il devint commis aux Messageries maritimes et, plus tard, travailla de nuit comme correcteur à l’imprimerie du Petit Provençal. Dès 1881, il collaborait à la presse radicale et socialiste La Sève, avec Antide Boyer qu’il considérait comme son maître et Clovis Hugues, La Ligue du Midi, Le Travailleur. En 1892, rédacteur en chef du Progrès du Var, tri-hebdomadaire radical puis socialiste, il entra au Petit Var, et en devint le rédacteur en chef. Il occupait les mêmes fonctions dans l’hebdomadaire « socialiste cantonal », La Fédération en 1894.

René Bianco écrit qu’il fit ses première expériences militantes dans un groupe anarchiste auquel il appartint pendant cinq ans (La Part des militants, op. cit. p. 186 et R. Bianco, Le mouvement anarchiste à Marseille et dans les Bouches du Rhône 1880-1914), thèse de IIe cycle, Aix-en-Provence, 1977)

Membre du Parti ouvrier français, il habitait le quartier des Routes à l’Ouest de Toulon. Animateur de cercles, il fonda notamment le Cercle du Parti ouvrier socialiste dans ce quartier, le 6 mai 1901. Il devint conseiller municipal de Toulon, le 1er mai 1892 (« liste du Comité central républicain socialiste »). Adjoint au maire, le 22 décembre, il reçut solennellement l’escadre russe à Toulon et fut nommé maire de la ville, le 5 juin 1893. Aux élections du 3 mai 1896, il fut élu seul de sa liste (« liste du Comité socialiste d’action républicaine »), au premier tour. Au deuxième tour, la majorité de ses colistiers furent élus. Réélu maire, ses partisans n’ayant pas été élus lors d’une élection complémentaire en juin 1897, il préféra démissionner avec ses amis, le 3 juillet 1897. Aux élections qui suivirent, les 18 et 25 juillet, sa liste « de la Fédération républicaine socialiste » n’obtint pas la majorité.

En juillet 1895, Ferrero était devenu conseiller général de Toulon-Ouest. Le préfet portait alors des appréciations sur lui : « passe pour la vertu et le désintéressement. Son entourage dit mieux ce qu’il est. Un faux bonhomme. Aura toutes les complaisances qui pourront servir ses ambitions mal déguisées. Un Italien qui ne dédaigne aucun procédé pour arriver. Bazile socialiste, révolutionnaire. Un farceur dangereux » (Arch. Dép. Var, 2 M 5.171). Un tel jugement en dit long sur les rapports qu’il entretenait avec les autorités. En même temps que sa démission de maire en juin 1897, il donnait sa démission de conseiller général, le 8 juillet. Il fut réélu au deuxième tour par 1 753 voix sur 8 590 inscrits. Son étiquette était alors « comité socialiste d’action républicaine ». Fortement attaqué, il démissionna de ce poste et ne se représenta pas.

Ces épisodes avaient accru les tensions politiques de la ville. Aussi aux élections législatives du 8 mai 1898, après avoir obtenu 5 600 voix sur 21 261 inscrits au premier tour, fut-il élu le 22 mai avec 7 524 voix contre le député sortant Abel.

Cette victoire impulsa les progrès de l’organisation socialiste à Toulon. Le 7 janvier 1899, une réunion jeta les bases de la future organisation, qui, en juillet 1899, devenue « Agglomération toulonnaise du Parti ouvrier », s’affilia au Parti de Guesde. Les effectifs s’étaient étoffés et trois sections fonctionnaient (Centre, les Routes et le Mourillon). Ferrero représenta ces deux dernières aux congrès du POF en 1898 (Montluçon) et en 1899 (Épernay). Membre du Conseil national du Parti en 1898-1899, au premier congrès général des organisations socialistes françaises à Paris, salle Japy (décembre 1899), il vota pour la participation ministérielle et quitta alors le POF.

En décembre 1900, Ferrero fut un des promoteurs d’une Fédération socialiste du Var à la suite du congrès du Luc, le 23 décembre. Définitivement mise sur pied, le 24 avril 1901, elle revint à l’autonomie lors du congrès de Draguignan, le 13 février 1902, laissant à chaque groupe le choix de son affiliation nationale. Elle s’affilia au PSF en mars 1902. Cette position fut confirmée au congrès de mai 1902. En 1905, elle se rallia à l’unité et Ferrero la représenta au congrès national en 1906 à Limoges.

Ferrero avait été réélu député de la première circonscription de Toulon, le 27 avril 1902, au premier tour, avec 7 972 voix sur 23 565 inscrits. Le 6 mai 1906, il fut à nouveau réélu au premier tour avec 6 609 voix sur 24 678 inscrits. À la Chambre, il appartint aux commissions de la Marine et de l’Hygiène publique. Il intervint à propos du budget de la Marine et sur les questions maritimes.

Dans le vote sur l’ordre du jour de confiance au cabinet Sarrien auquel appartenait Clemenceau, élu du Var, Ferrero s’abstint avec les autres parlementaires socialistes du département alors que le groupe socialiste votait contre. Il prit alors des distances par rapport à la SFIO. En août 1907, il avait, par affiches, soutenu le candidat SFIO aux élections dans un canton de Toulon tandis que dans l’autre canton, il soutenait un candidat « socialiste » donné comme « clemenciste » par le sous-préfet. Avec l’ensemble du Parti socialiste, il prit résolument parti contre le cabinet Clemenceau et sa politique de répression. Il n’avait jamais été très ministérialiste, même à l’époque du « Bloc des gauches », tout comme ses collègues Allard et Vigne.

Au moment de la crise toulonnaise en 1908, Le Petit Var et son rédacteur en chef restèrent fidèles à la SFIO et rompirent avec Escartefigue, l’autre dirigeant local. Ferrero écrivait rarement pourtant. Aussi, Escartefigue et Le Petit Provençal, insinuaient-ils des divergences possibles. Le Petit Var répondit sur cette question le 1er octobre :

« Ferrero, absorbé par ses devoirs parlementaires et par les occupations complexes auxquelles l’oblige l’intérêt qu’il porte à ses électeurs ne peut assumer toute la charge de la rédaction politique. À d’autres que lui est donc réservé le soin de la polémique quotidienne, qui, si âpre qu’elle soit par moments, est orientée seulement par l’intérêt supérieur du parti que le citoyen Ferrero et ses collaborateurs du Petit Var défendent peut-être avec des tempéraments différents mais tous avec une égale foi, une identique conviction. La bienveillance et l’indulgence sont le fond même du caractère de P. Ferrero. »

Lors d’une nouvelle crise municipale en 1909, Ferrero, s’intéressant de plus près aux affaires locales, prit la tête de la liste du « comité d’union républicaine socialiste ». Les 12 et 19 décembre 1909, il fut élu avec quatre colistiers. Sur 21 004 inscrits, il avait obtenu 4 296 voix et 5 699 voix. Cet échec personnel — bien qu’il arrivât en troisième position — fut certainement déterminant dans sa décision de ne pas se représenter aux élections législatives de 1910. Son successeur socialiste Allard, changeant de circonscription, ne put conserver le siège qui revint à son ancien concurrent Abel.

La section SFIO de Toulon, le désigna le 25 avril 1910, par acclamations, pour conduire la liste aux élections municipales. Ferrero ne voulut pas. Candidat au conseil général dans le premier canton (Ouest de Toulon) contre le conseiller général sortant Escartefigue, qui avait été élu comme socialiste, il arriva en tête du premier tour avec 1 204 voix sur 5 860 inscrits et fut élu, le 10 août 1913, avec 1 528 voix.

À la suite de la démission de conseillers municipaux SFIO, des élections partielles eurent lieu en décembre 1913. Ferrero ne fut pas candidat. Après de nouvelles démissions, sur la liste SFIO, candidat cette fois, il arriva en tête et fut élu avec 3 311 voix sur 21 712 inscrits, le 24 mai 1914. Il participa à la commission des travaux.

En 1914, les circonscriptions de l’arrondissement de Toulon furent portées de deux à trois. Ferrero se présenta dans la première qui correspondait au centre et à l’est de la ville (deuxième et troisième canton, et une partie du premier canton). Sur 15 107 inscrits, il obtint 2 450 voix au premier tour et 4 191 au deuxième, battu de 226 voix par le député sortant Abel.

Pendant la guerre, Ferrero, bien que conseiller municipal d’opposition, collabora avec la municipalité comme les autres élus socialistes. Il fut vice-président du Comité de secours aux familles nécessiteuses des mobilisés fondé en août 1914, par le député Abel. En outre, il présidait la commission départementale du conseil général en 1914-1915, puis en 1916-1917. Aux élections municipales de 1919, Ferrero conduisait la liste du « Bloc des gauches. Union des socialistes et des républicains avancés ». Il arriva à nouveau en tête. Sur 23 847 inscrits, il obtint 4 682 voix puis 5 697 voix, le 7 décembre. Il déclara alors ne vouloir accepter ni les fonctions de maire, ni une délégation d’adjoint. Il fit partie de la commission de l’instruction publique, puis à partir du 2 juin 1920, de la commission du budget. Lors de la séance du 10 décembre 1919, après avoir désigné Claude* pour la charge de maire, il ajouta « que j’aiderai de toutes mes forces et dont je resterai le plus dévoué des collaborateurs ». Aussi, le sous-préfet de Toulon constatait-il dans son rapport que « Ferrero s’est retiré semble-t-il de la politique militante et tend à s’effacer de plus en plus malgré que sa situation demeure très forte dans les milieux toulonnais dont il fut longtemps le favori et où il jouit d’une estime méritée ».

Aux élections municipales de 1925, candidat sur la liste du maire socialiste sortant, « liste du Cartel des gauches », il arrivait nettement en tête ; sur 21 843 inscrits, il obtint 6 521 voix et fut élu le 10 mai avec 7 834 voix.

P. Ferrero, seul candidat aux élections cantonales dans le premier canton de Toulon, obtint, sur 6 658 inscrits, 1 438 voix et ne fut élu qu’au deuxième tour, le 14 décembre 1919, avec 1 507 voix. À nouveau seul candidat, au renouvellement de 1925, il fut, cette fois, élu dès le premier tour, le 19 juillet, avec 1 753 voix sur 6 204 inscrits. Vice-président du conseil général pendant la guerre, président de la commission départementale (1914-1915, 1916-1917), président à partir de 1920 de l’Office départemental des Pupilles de la Nation, Ferrero demeura après la guerre membre de la commission des travaux et présida la commission départementale en 1926-1927. Il reçut pour son activité la croix de la Légion d’honneur.

Membre du comité départemental de la SFIO pour les élections législatives de 1919, il accepta d’être candidat aux élections sénatoriales à la suite de la réunion du Bloc des gauches à Draguignan, le 10 janvier 1920. Le lendemain, il arrivait en cinquième position avec 121 voix sur 483 votants et se retira.

Pour l’élection législative de 1924, Ferrero fut membre de la commission exécutive du comité général varois pour l’élection rouge. Toutefois, après qu’il eut faire acte de candidature au Sénat — et annoncé par la presse (Le Matin, 6 novembre 1926) —, la section socialiste de Toulon l’écarta et lui préféra Claude* par 67 voix contre 29, le 25 novembre.

Par la suite, des conflits jalonnèrent ses rapports avec la section SFIO. Ferrero et deux autres conseillers municipaux accompagnèrent le sous-préfet de Toulon, Gozzi* dans une tournée d’information en ville. Ils furent critiqués par la section socialiste qui estimait le 11 juin 1927, qu’une « certaine confusion » et qu’un « malaise » régnait dans « l’esprit des militants ». Elle ajoutait qu’il ne fallait « pas laisser supposer que le Parti est disposé à favoriser telle ou telle candidature ». Elle visait, sans les nommer, ces trois élus qui pouvaient servir le sous-préfet qui allait être effectivement candidat aux élections législatives suivantes. Ferrero donna alors sa démission de la section, démission annoncée par la presse, le 16 juin. Cette attitude d’un éventuel rapprochement avec le futur adversaire de Renaudel pouvait s’expliquer par les mauvaises relations que Ferrero avait toujours entretenues avec le député et dont il ne faisait pas mystère.

Tous les témoins s’accordent pourtant pour assurer qu’il ne quitta pas la SFIO. Il ne venait presque jamais aux réunions de la section et payait rarement sa cotisation. Il était pourtant très aimé en dépit de son scepticisme. C’est ainsi qu’il confia à un dirigeant socialiste de Toulon « vous croyez beaucoup à tout ce que vous dites. Après on change... »

Le jour de sa mort, la municipalité apprit qu’il avait reçu l’extrême-onction et que sa famille (il était marié depuis 1890 et n’avait pas d’enfant) désirait un enterrement religieux. Elle négocia alors avec le curé des quartiers ouest de Toulon. Le corps passa d’abord à l’église, sans aucune publicité, puis fut transporté à la mairie et exposé. Des obsèques publiques eurent alors lieu, sans bénédiction religieuse et sans discours. Un membre du clergé seulement accompagnait le cercueil. La section de la Libre Pensée dont il faisait partie ne retrouva pas son testament.

Dans l’hebdomadaire socialiste, Le Réveil du Var, le 29 octobre 1927, Risterucci, l’adjoint au maire, écrivit un long article sur Ferrero.

La vie militante de Ferrero et ses hésitations s’expliquent avant tout par les conditions spécifiques de la naissance et du développement du socialisme à Toulon.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article113159, notice FERRERO Prosper, Philippe, Benoît par Justinien Raymond, Jacques Girault, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 27 octobre 2013.

Par Justinien Raymond, Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. F7/13253. — Arch. Dép. Var, 2 M 4.11, 2 M 5.169, 2 M 5.171, 2 M 5.176, 2 M 5.212, 2 M 5.219, 2 M 5.236, 2 M 5.243, 2 M 7.24.3, 2 M 7.26.1, 2 M 7.28.4 et 8 16.5, 3 Z 2.3, 3 Z 2.9, 3 Z 2.11, 3 Z 4.21. — Arch. Com. Toulon. — Arch. privées Claude, transmises par P. Soumille. — Fédération du Var... 1925. — Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, t. 12. — Dictionnaire des parlementaires. — Presse locale. — Sources orales. — Renseignements fournis par Y. Rinaudo. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes III, op. cit., pp. 29 à 47, passim. — J. Salvarelli, Les Administrateurs du département du Var, Draguignan, 1897, p. 115. — Jean Verlhac, La Formation de l’Unité socialiste, DES, Paris, p. 296. — A. Lemonnier, Historique du Conseil général et des Conseils d’arrondissement du Var (...), Draguignan, 1933, pp. 264-265. — Cl. Willard, Les Guesdistes, op. cit., p. 623.

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