GAUMÉ Gérard

Par Christian Faucompré

Né le 6 septembre 1944 à Sainte-Maure-de-Touraine (Indre-et-Loire) ; ingénieur dans le secteur électronique ; syndicaliste CGT, membre du bureau national de l’UFICT-CGT de la Métallurgie (1976-1977), secrétaire confédéral (1978-1986), membre de la commission exécutive (1995-1998) ; militant socialiste des Yvelines puis d’Indre-et-Loire, membre du comité directeur du Parti socialiste (1983-1993).

Gérard Gaumé naquit dans un secteur où la population était encore traumatisée par le massacre des 124 habitants du village de Maillé, situé à dix kilomètres de Sainte-Maure, le 25 août 1944, par la division SS Das Reich. Son père, Henri Gaumé, avait quitté le monde agricole pour devenir ouvrier puis artisan électricien. Sa mère, Esther Allegret, pupille de la Nation de la Première Guerre mondiale, aidait son mari au sein de l’entreprise familiale et s’occupait de leurs trois fils dont Gérard était le deuxième. Il entra en maternelle dès l’âge de deux ans. Bon élève en primaire, il entra en sixième à dix ans au collège Saint-Grégoire de Tours (Indre-de-Loire). Il obtint le baccalauréat C (scientifique) à seize ans, puis poursuivit son cursus en Math-Sup et Math-Spé au lycée Descartes de Tours. Il intégra SUPÉLEC (École Supérieure d’Électricité) en 1964 et en sortit en 1967, avec un diplôme d’ingénieur en informatique. Il effectua son service militaire comme détaché scientifique au centre militaire atomique de Pierrelatte (Drôme).

Il se maria en 1970 et eut un fils et une fille.

Établi en région parisienne en 1971, Gérard Gaumé fut embauché à la Compagnie internationale pour l’informatique (CII), entreprise privée crée en 1966 dans le cadre du « plan calcul » et qui devint Bull en 1982, au fil d’une histoire mouvementée. Son engagement militant fut directement lié à sa trajectoire professionnelle. La campagne présidentielle de 1974 provoqua en effet d’intenses discussions au sein son entreprise : il en ressortit que la CII passerait probablement sous giron américain en cas de succès de Giscard-d’Estaing. Ainsi, Gérard Gaumé opta très rapidement pour François Mitterrand, candidat commun de la gauche. Après la courte défaite de ce dernier, durement ressentie, Gérard Gaumé décida d’adhérer au Parti Socialiste au sein duquel se développait déjà à l’époque le débat entre les partisans de l’union de la gauche et ceux de l’alliance au centre.

En 1975, Gérard Gaumé adhéra à la CGT qui, selon son témoignage, était animée dans son entreprise « par des personnes remarquables de combativité, de créativité et d’ouverture ». À l’initiative de la CGT fut créé un Comité pour la nationalisation de Bull qui connut un franc succès et qui rassembla les militants et même de nombreux cadres de l’entreprise. Il y voyait une parfaite illustration de ses conceptions : « je crois que cette synthèse permanente d’être à la fois animé de vraies convictions – politiques et syndicales – et unitaire avec les autres – partis et syndicats – sera toujours ma démarche et mon état d’esprit ».

Gérard Gaumé devint un militant très actif et fut très vite investi de nombreuses responsabilités. Il initia un groupe socialiste d’entreprise sur le site de la CII de Louveciennes (Yvelines) et devint membre du conseil national du syndicat des cadres et ingénieurs de la Métallurgie CGT (SNCIM), structure originale qui le marqua profondément par ses débats – très animés – et la diversité de ses membres. Il fut muté aux Clayes-sous-Bois (Yvelines), où il lança à nouveau une section socialiste d’entreprise, siégea au comité d’entreprise et devint membre du bureau national des ingénieurs, cadres et techniciens CGT de la Métallurgie (UFICT-CGT), notamment à l’initiative de Pierre-Louis Marger, qu’il côtoyait au sein du SNCIM. Durant cette période, Gérard Gaumé suivit ses premières formations syndicales (stage élémentaire de l’USTM en 1977, stage « moyen » de la fédération des Métaux en 1978).

En 1978, alors que les forces de gauche pensaient se diriger vers la victoire dans un puissant élan unitaire, celui-ci se fissura devant la défaite aux législatives du printemps. Gérard Gaumé avait été séduit par la préparation du 40e congrès confédéral de la CGT, programmé pour l’automne à Grenoble et par la démarche d’ouverture et de rassemblement prônée par Georges Séguy. Le congrès tint ses promesses et vit le secrétaire général proposer la création d’un Comité national d’unité d’action avec la CFDT, à FO et la FEN, ainsi que l’organisation de campagnes de syndicalisation communes pour mettre fin à la faiblesse chronique associée à la division syndicale. Gérard Gaumé s’exprimait ainsi sur cette période : « Je mesure encore aujourd’hui la chance et le défi que représentaient ces perspectives mobilisatrices. J’ai aussi mesuré plus tard combien le refus par les autres centrales de ces propositions allait terriblement peser ensuite lorsque la gauche allait l’emporter en 1981. »

Conséquence, peut-être, de cette démarche d’ouverture de Georges Séguy, Gérard Gaumé fut élu, à 34 ans, au Bureau confédéral de la CGT, notamment avec l’appui du secrétaire général et de René Le Guen, secrétaire général de l’UGICT. Gérard Gaumé devint permanent, détaché par son entreprise. Au Bureau confédéral, il rencontra des militants connus et reconnus dont plusieurs devinrent des amis : Ernest Deiss, Jacqueline Lambert et René Buhl, Christiane Gilles, Jean-Louis Moynot.

À peine élu par le 40e congrès de la CGT, Gérard Gaumé fut installé comme premier responsable du secteur « Libertés, Droits et Action juridique » de la CGT. L’année 1979 constitua un véritable baptême du feu pour le jeune et nouveau secrétaire de la CGT. En effet, au printemps, la casse organisée de la sidérurgie française par les restructurations capitalistes engageait les salariés de ce secteur dans de grandes actions, notamment en mars. Leur grande manifestation fut entachée de violences dont il fut vite prouvé qu’elles étaient le fait de provocations et d’infiltrations policières. Avec tout ce qui se passait dans nombre d’entreprises, les libertés devinrent un sujet majeur de l’action de la CGT.

Dans la bataille des sidérurgistes, la CGT innova en créant une radio libre, Radio Lorraine Cœur d’Acier, ce que la loi interdisait à l’époque. Cela donna lieu à des procès mais surtout à une formidable prise de parole par ceux à qui on ne la donnait jamais. Gérard Gaumé, accompagnant Henri Krasucki, alla témoigner devant le tribunal de Nancy pour « arracher » dans la nuit une jeune militante qui séjournait depuis une semaine en prison pour avoir « résisté » à l’assaut de la police évacuant le local de la radio.

Sur la lancée du 40e congrès, Gérard Gaumé s’impliqua dans le débat de la CGT sur l’Europe qui vit la Commission exécutive confédérale, toutes sensibilités confondues, adopter une position favorable à l’adhésion de la centrale à la Confédération européenne des syndicat (CES), mais les démarches n’aboutirent pas.

En 1979, toujours, la CGT confia à Gérard Gaumé la coresponsabilité de la campagne des nouvelles élections prud’homales, campagne qui fut basée sur les grands thèmes de son congrès (« Démocratie – Unité – Syndicalisation ») pour une meilleure activité et efficacité revendicative. Cette ligne s’avéra gagnante puisque la CGT arriva en tête avec 42,5 % des suffrages.

Si les militants semblaient se retrouver pleinement dans cette démarche porteuse d’une démocratie syndicale nouvelle et d’une autonomie complète de la CGT, Gérard Gaumé se rendit compte qu’elle n’était pas unanimement partagée par tous les responsables aux différents échelons. La CGT laissa entrevoir des divergences, lors de sa prise de position sur l’invasion soviétique en Afghanistan en décembre 1979. Le Bureau confédéral, composé à l’époque de seize membres, se partageait en parts égales, ce qui se traduisit par l’affaiblissement de son secrétaire général, Georges Séguy.

Gérard Gaumé fut désigné pour représenter la CGT aux obsèques de Tito au printemps 1980. Il fut très impressionné, au milieu des grands dirigeants du monde entier, conscient de vivre un moment gravé à tout jamais dans sa mémoire. Il se retrouva devant certains dirigeants yougoslaves qui s’illustrèrent tristement quinze ans plus tard dans les guerres civiles qui déchirèrent l’ex-Yougoslavie. Surtout, ce jour là, il fut surpris par la « double » délégation du Parti socialiste, l’une officielle avec François Mitterrand et Lionel Jospin, et la seconde parallèle avec Michel Rocard et Jean-Pierre Cot, préfigurant quelques affrontements imminents.

L’élection présidentielle de 1981, suscita encore des tensions au sein de la direction de la CGT, que Gérard Gaumé dépeignait par cette phrase : « l’action syndicale ne verse jamais dans la câlinerie, j’ai pu le vérifier largement dans cette période ». À cette époque, il était le seul militant socialiste au Bureau confédéral. Selon lui, « jamais aucun responsable ou militant de la CGT ne s’en est pris à moi pour ce que je suis. Le débat dans le mouvement syndical est souvent rude mais très largement respectueux : une marque de distinction certainement. J’étais le seul dirigeant national de la CGT à appeler publiquement à voter pour François Mitterrand. Cela ne plut pas à tout le monde, mais ce droit de l’époque – aujourd’hui, la réserve est de mise – ne me sera jamais reproché ou contesté. » Dans les années 1980, les archives de la CGT gardent néanmoins la trace d’interpellations de ses camarades, non pas à titre individuel, mais sur les positions du Parti socialiste, notamment lors de l’affaire Alain Clavaud (1986-1988), ouvrier caoutchoutier licencié de chez Dunlop à Montluçon (Allier).

Le premier tour des élections présidentielles plaça François Mitterrand en tête de la gauche ce qui créa un certain flottement dans la direction de la CGT qui, sous l’impulsion de Georges Séguy, appela unanimement à voter Mitterrand pour le second tour. Le 10 mai 1981, la gauche l’emporta et le soir même Gérard Gaumé se rendit avec Henri Krasucki à la Bastille pour y représenter la CGT. Gérard Gaumé fit partie de la délégation de la CGT qui fut reçue à l’Élysée par le nouveau Président de la République.

Chargé par le Bureau confédéral de la CGT de présenter un mémorandum au nouveau gouvernement, Gérard Gaumé était entouré des compétences juridiques de Philippe Munck et Marie Jacek, membres du secteur juridique. Avec l’aide de plusieurs fédérations et du secteur organisation, ils élaborèrent un texte qui fut présenté au gouvernement à la fin de l’été 1981, lors du lancement du débat sur les « lois Auroux » dont Gérard Gaumé suivit le déroulement pour la CGT. Il fit avancer un certain nombre d’articles sur la base des revendications de la CGT. Mais Gérard Gaumé sentait à ce moment précis qu’il fallait aller plus loin et rechercher la mobilisation de tous les travailleurs, comme lors de la victoire du Front populaire, au cours duquel le volet social avait été conquis par l’action dans les entreprises. Toutefois, il se sentait isolé sur cette ligne, et resta convaincu que l’esprit de la CGT du 40e congrès, dont l’élan fut brisé par des conflits internes, avait dramatiquement manqué lors de l’arrivée de la gauche au pouvoir.

La proclamation de l’état de siège en Pologne à la fin de l’année 1981 amena Gérard Gaumé à se démarquer de la position confédérale et à condamner publiquement l’état de siège et ) réclamer la libération immédiate des dirigeants syndicaux emprisonnés. Même si personne dans la CGT ne lui contesta officiellement la liberté de parole et le droit au désaccord, même public, les réactions et les critiques au sein de l’organisation furent nombreuses.

En 1982, Gérard Gaumé essaya d’entraîner la CGT à se saisir des « lois Auroux » pour faire avancer l’intervention des travailleurs dans les entreprises, mais les freins, le combat mené par le patronat contre ses nouveaux droits et l’absence de mobilisation des salariés virent minimiser la portée de cette ouverture sociale. Il déclara d’ailleurs dans la revue Droit social, au moment de préparer le passage du texte de loi au Parlement que le rapport de Jean Auroux « sonnait un peu creux » tant il raisonnait en terme de négociation et non de rapport de force au sein de l’entreprise.

En 1982, Georges Séguy quitta le secrétariat de la CGT et fut remplacé par Henri Krasucki. La CGT à cette époque éprouvait des difficultés à retrouver ses marques et les nouvelles élections prud’homales, fin 1982, montrèrent un recul de la confédération. Gérard Gaumé ressentait toutes les tensions qui traversaient son organisation et qui traduisaient des insatisfactions réelles mais aussi de vieilles rancunes et oppositions jamais éteintes. Il vivait, comme il le dit lui-même, une sorte de « cohabitation subtile » avec Henri Krasucki.

Au Parti socialiste, Gérard Gaumé partageait avec Pierre Joxe, André Laignel, ou Marcel Debarge les mêmes orientations de gauche et conserva toujours avec eux des liens empreints d’amitié. Fin 1983, il intégra le Comité directeur du Parti socialiste. Au sein de l’organisme, il fit une intervention, remarquée et écoutée, en janvier 1984, au sujet du conflit violent en cours aux usines Talbot. Il y souligna tout les enjeux soulevés, notamment la façon dont allaient ou pouvaient s’effectuer les premières grandes restructurations industrielles qui s’apprêtaient à redessiner le pays.

En 1985, lors du 42e congrès de la CGT à Montreuil, Gérard Gaumé était convaincu que le document d’orientation était construit essentiellement à charge contre le gouvernement socialiste et en dehors du véritable enjeu de l’heure, c’est-à-dire la responsabilité et la capacité syndicale à peser réellement sur le cours des événements. Prenant la parole devant le congrès, il annonça son désaccord et souligna que « les difficultés n’étaient pas derrière nous mais devant nous ». Malgré ses critiques sévères sur la stratégie de la CGT, il fut reconduit au Bureau confédéral mais sortit du congrès avec plus de questions que de réponses et plus que jamais convaincu que la mise entre parenthèses du 40e congrès de la CGT avait pesé lourd à la fois sur l’avenir de la CGT et du syndicalisme en France mais aussi sur l’exercice du pouvoir par la gauche et la situation sociale en France dans cette période. Gérard Gaumé décida alors de quitter ses fonctions à la direction de la CGT, décision qui fut officialisée à l’automne 1986.

Il se retrouva donc de retour dans son entreprise, devenue entretemps Bull, dans laquelle l’État français était devenu l’actionnaire principal et qui était également le principal fournisseur informatique des administrations. Toutefois, la technologie informatique avait été complètement bouleversée par l’irruption des micro-ordinateurs. Il avait auparavant travaillé dans le secteur Études et fut affecté dans le secteur commercial et des services.

Conscient qu’il était toujours sain de pouvoir se replonger dans la réalité et le vécu direct au sein de l’entreprise, Gérard Gaumé perçut très vite les changements profonds en cours dans l’activité professionnelle, les rapports directs des salariés avec les clients toujours plus exigeants, la mise en place d’une gestion en « business units » qui se réduisait le plus souvent à « combien avez-vous vendu ? Combien coûtez-vous ? Combien rapportez-vous ? ».

Il se refusa à chercher un régime de faveur qui aurait été selon lui indigne de ce qu’il représentait pour son syndicat, son parti et lui-même. Il reprit donc son parcours professionnel. Son expérience acquise dans le mouvement social et sa formation initiale généraliste lui fournirent une certaine capacité d’adaptation puisque il se vit confier, au bout de quelques mois, des responsabilités d’encadrement. Position qui n’était pas sans difficultés, pour le militant, coincé entre ses convictions et des consignes hiérarchiques tombant sans aucune vraie concertation.

Toujours militant au Parti socialiste, il soutint publiquement Laurent Fabius pour la direction du parti. Depuis plusieurs années, il percevait celui-ci comme un dirigeant exceptionnel et mesurait le militant et l’homme d’une grande sensibilité aux aspirations populaires. Il prit donc naturellement place à ses côtés dans son groupe « Égalité » et au congrès de Rennes qui vit le PS se déchirer. Conscient, de par son parcours social, d’avoir une place reconnue dans son parti et pensant pouvoir lui apporter un plus, Gérard Gaumé proposa, en 1989, sa candidature aux élections européennes. Le thème de la campagne fut « l’Europe sociale », orientation qui lui convenait tout à fait. Mais ici aussi le jeu interne des groupes au sein du PS fut le plus fort et Gérard Gaumé se retrouvera en 33e position sur la liste et ne fut pas élu.

En 1991, il rejoignit chez Bull, le secteur Formation qui lui aussi connaissait de profondes transformations et devint en peu de temps une activité commerciale comme les autres sans pour autant que l’on pense à former les formateurs aux nouvelles exigences de la période.

En 1993, Gérard Gaumé véçut une année difficile marquée par la mort de son père et son divorce, tandis que la gauche fut lourdement battue et qu’un « putsch d’appareil » écarta Laurent Fabius de la tête du parti alors qu’il avait, à ses yeux, commencé à changer nombre de pratiques en son sein.

L’automne 1995 fut marqué par le puissant mouvement social autour des cheminots. La CGT tint son congrès pratiquement en même temps et Gérard Gaumé fut appelé à revenir à la Commission exécutive de la CGT. Il retrouva une CGT changée, très à l’écoute des salariés et des autres organisations syndicales. Il vécut alors pendant trois ans le grand tournant de la CGT opéré par Louis Viannet et qui vit la CGT relancer l’unité d’action, faire son retour actif dans les négociations interprofessionnelles nationales, quitter enfin la FSM et entrer dans la CES. Il y découvrit et apprécia Bernard Thibault.

Au plan politique, Gérard Gaumé fut secrétaire de section du Parti Socialiste à Chelles (Yvelines), ville conquise par la gauche et Jean-Paul Planchou. Dans cette nouvelle fonction, il organisa de nombreuses initiatives, notamment une journée pour débattre et promouvoir les 35 heures avec les différents types d’acteurs concernés : syndicalistes, politiques et responsables d’entreprises.

Poussé à la pré-retraite comme de nombreux salariés en 1999, Gérard Gaumé regagna sa Touraine natale. Il rentra dès le début 2000 au secrétariat de la fédération du Parti socialiste d’Indre-et-Loire, chargé de la formation des militants. Dès février 2001, avec une petite équipe dynamique, il lança la première conférence citoyenne consacrée au thème prospectif de la recherche sur les embryons, qui fut suivie d’une longue série qui connut un écho croissant sur les sujets les plus variés : mondialisation, temps de la vie, Europe, laïcité, Afrique, l’après-Cancun, droit du travail, développement durable, etc. La formation étant sa principale responsabilité au PS d’Indre-et-Loire, il fut à l’origine de la création d’un centre fédéral de formation.

La CGT étant toujours son attache syndicale profonde, avec quelques camarades et l’aide de François Lemarié, secrétaire départemental de la CGT d’Indre-et-Loire, il anima une activité spécifique en direction des ingénieurs, cadres et techniciens. Plusieurs rencontres publiques furent organisées. Mais dans cette période de transformation profonde des rapports sociaux en entreprise qui voyait beaucoup de syndicats en butte à des priorités immédiates accaparantes, ils n’arrivèrent pas à faire des avancées significatives. Cette activité resta concentrée dans les secteurs où elle existait depuis longtemps, à la SNCF et à l’EDF.

Nationalement, la CGT lui demanda de la représenter pour six ans à la Commission des titres d’ingénieurs (CTI), structure originale où siègent représentants de l’Éducation nationale, des syndicats et des employeurs. La CTI a pour rôle de contrôler périodiquement les écoles d’ingénieurs et de valider les diplômes délivrés. Gérard Gaumé prit donc la suite d’un camarade polytechnicien, devenu trésorier et administrateur de la CGT et avant lui à celui qui fut un peu son mentor lors de son arrivée à la CGT, Pierre-Louis Marger, ancien centralien.

Fin 2005, à sa demande, Gérard Gaumé changea de fonction à la fédération socialiste pour prendre en charge les relations avec les autres partis de gauche. Habité par sa volonté et sa pratique unitaire de toujours, il bénéficiait d’un crédit certain auprès de tous les partis de gauche. Début 2006, il proposa, en pleine mobilisation contre le CPE, d’organiser et d’animer en commun un débat public sur l’emploi. Confrontation constructive qui sera suivie dans la même année 2006 et dans les mêmes conditions, d’un débat durant l’été sur le développement durable et d’un autre à l’automne sur les services publics, ce dernier débat étant même couvert par France 3.

Sa mère décéda en mai 2006, ce qui l’affecta beaucoup. La vie militante resta pourtant le moteur de Gérard Gaumé et il participa à un forum, national, qui se tint à Tours dans une configuration unitaire sur l’Europe et l’International, sujets toujours sensibles entre les partis de gauche. Celui-ci se déroula dans un excellent climat contrairement à la même initiative deux semaines auparavant à Paris Salle Japy.

Fin 2007, Gérard Gaumé officiellement en retraite, rejoignit tout naturellement les retraités CGT où François Lemarié qui en prit la responsabilité lui demanda de participer pour constituer un collectif d’animation renouvelé. Comme les retraités ont toujours été une cible majeure du patronat et du gouvernement, l’activité et les initiatives ne manquèrent pas. Il fut responsable de la section des retraités multi professionnelle de 2010 à 2021.

Le PS n’ayant pas, lui, de sections de retraités et au congrès fédéral fin 2008, Gérard Gaumé annonça après plus de 34 ans de parti et presque autant de responsabilité, laisser la place aux jeunes générations. Il les invita à toujours rechercher le rassemblement de la gauche et à investir, dans l’indépendance réciproque, le mouvement social, convaincu que c’est le meilleur service à rendre réciproquement aux uns et aux autres.

Outre ses deux engagements principaux, syndicaux et politiques, deux faces inséparables pour lui, Gérard Gaumé était membre de l’Association altermondialiste ATTAC et du Comité Laïcité République. Toutes ces activités ne l’empêchèrent pas d’être ouvert aux activités culturelles. Il aime la musique (Mozart, Schubert), il participe aux « Fêtes musicales en Touraine » et est adhérent aux « Amis du Centre Lyrique de Tours ». Passionné également de cinéma il est membre de l’association « Henri Langlois » à Tours et adhérent à la cinémathèque. Il est aussi intéressé par le Patrimoine historique de la France.

Le 26 novembre 2009, Gérard fut décoré de l’ordre national du mérite. Sa médaille lui est remise par Laurent Fabius au Conseil départemental d’Indre-et-Loire. Il précisait ce jour-là que cette distinction valorisait aussi son engagement syndical. Ce même soir, la CGT lui rendit hommage à la maison des syndicats de Saint-Avertin en présence de Bernard Thibault.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article242465, notice GAUMÉ Gérard par Christian Faucompré, version mise en ligne le 24 octobre 2021, dernière modification le 10 novembre 2021.

Par Christian Faucompré

SOURCES : Arch. IHS CGT. — Document autobiographique établi par Gérard Gaumé, et notice biographique établie par Jeanine Marest, IHS CGT. — Matthieu Tracol, La rigueur et les réformes. Histoire des politiques du travail et de l’emploi du gouvernement Mauroy (1981-1984), thèse d’histoire, Université Paris 1, 2015. — G. Quenel, Étude sur l’entrée en double appartenance dans les directions du PCF et de la CGT de 1981 à 2001. Entretiens avec les intéressés, janvier 2012. — Témoignage recueilli auprès de Gérard Gaumé par Christian Faucompré pour le collectif IHS-CGT d’Indre-et-Loire, le 16 juin 2021. — Notes de Paul Boulland et Nicolas Simonpoli.

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