HAYES Arsène, Pierre

Par Gauthier Langlois

Né le 7 avril 1816 à Longny-au-Perche (Orne), mort en septembre 1875 à Coimbra (Portugal). Cordonnier, militant socialiste . Opposant au coup d’État du 2 décembre il fut expulsé et se réfugia à Jersey puis au Portugal où il s’établit comme photographe.

Vue de Coimbra par Arsène Haye vers 1860. (Source Faria, S. <em>Evolução do espaço físico de Coimbra . Catálogo de exposição</em> Coimbra : G. C. Lda, 2006, p. 56
Vue de Coimbra par Arsène Haye vers 1860. (Source Faria, S. Evolução do espaço físico de Coimbra . Catálogo de exposição Coimbra : G. C. Lda, 2006, p. 56

Il est né de François Hayes, cabaretier et de Marie Prudence Desclot son épouse.

Il était cordonnier à Niort, où il demeurait au n° 26 du passage du Commerce, lorsqu’il fut arrêté dans cette ville à la suite du coup d’État du 2 décembre 1851.

Une note d’information destinée, semble-t-il, aux membres de la Commission mixte des Deux-Sèvres disait à son sujet : « Marié, mais séparé de sa femme, un enfant ; homme très redoutable ; aveuglé par les passions démagogiques. Notoirement affilié à toutes les sociétés anarchiques du pays. »

Le 9 février 1852, Hayes fut condamné par la Commission mixte à la transportation en Algérie, pour avoir participé à la manifestation de l’Hôtel de Ville de Niort, le 3 décembre, et pour avoir accepté sa désignation comme délégué du peuple ce jour-là. La condamnation était motivée par les attendus suivants : « Attendu que Hayes, notoirement affilié à toutes les sociétés anarchiques du pays a pris la part la plus active aux troubles du 3 décembre, comme l’un des délégués du peuple avec lesquels il a envahi la mairie, à la tête de l’attroupement et demanda au conseil municipal la publication d’un appel aux armes ; attendu que Hayes s’est toujours montré un homme très redoutable par l’exaltation de ses opinions démagogiques ; Hayes (Arsène Pierre) est désigné pour être transporté en Algérie avec l’annotation Moins. »

Sa peine fut bientôt commuée en expulsion de France. Hayes reçut un passeport pour l’Angleterre le 6 avril 1852 ; il figure sur la liste des proscrits résidant à Jersey. Il participa aux activités sociales de cette communauté en étant membre de la société d’entraide La Fraternité qui aidait notamment le proscrit sans le sou Julien Hubert. Ce dernier avait réussi à le convaincre de revenir en France —avec Félix Jarrassé, Jego, Sylvain Fameau et Adolphe Rondeau— de participer à un projet d’insurrection contre Napoléon III. Mais la couturière Mélanie Simon dénonça Hubert comme espion et agent provocateur de la police de Napoléon III. Il fut alors chargé par La Fraternité —avec le député Félix Mathé, l’avocat Gustave Ratier, les conducteurs de travaux Adolphe Rondeau et Étienne Henry— d’instruire l’enquête sur Julien Hubert. Il était présent le 21 octobre 1853 à l’assemblée générale des proscrits républicains résidant à Jersey, qui déclara Julien Hubert comme espion et agent provocateur de la police de Napoléon III. En 1854 il sollicita du Gouvernement britannique un passage gratuit pour l’Amérique mais ne l’obtint pas.

Il fut gracié définitivement le 3 février 1853 mais ne rentra pas en France. Il fit partie des 36 proscrits qui signèrent, le 17 octobre 1855, la protestation rédigée par Victor Hugo contre l’expulsion de Jersey de Charles Ribeyrolles, du colonel Louis Pianciani et de Philippe Thomas. Cette signature lui valu, comme tous les autres, l’expulsion de l’île.

Il avait apprit le métier de photographe à Jersey avec Alfred Fillon et Victor Frond et s’est sans doute avec eux ou en suivant leur exemple qu’il avait émigré au Portugal. Avec sa fille, il s’établit alors comme photographe à Coimbra (Portugal) où dit-on, il vécut pauvre et honoré pratiquant avec goût et succès son art.

Arsènes Hayes était libre penseur. Quant il s’agit de l’enterrer les autorités ecclésiastiques de Coimbra lui interdirent le cimetière communal et il fut inhumé dans un lieu ouvert et couvert de ronces. Ses amis, des libéraux portugais ouvrirent une souscription pour placer une stèle sur sa fosse et secourir sa petite-fille. Ce fut chose faite grâce à la presse libérale du pays.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article32369, notice HAYES Arsène, Pierre par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 26 novembre 2020.

Par Gauthier Langlois

Vue de Coimbra par Arsène Haye vers 1860. (Source Faria, S. <em>Evolução do espaço físico de Coimbra . Catálogo de exposição</em> Coimbra : G. C. Lda, 2006, p. 56
Vue de Coimbra par Arsène Haye vers 1860. (Source Faria, S. Evolução do espaço físico de Coimbra . Catálogo de exposição Coimbra : G. C. Lda, 2006, p. 56

SOURCE : Arch. Dép. Deux-Sèvres, 4 M 6/17. — A la France. L’agent provocateur Hubert, Jersey : imp. universelle, [1853]. — Victor Hugo, « 1853-L’espion Hubert », Oeuvres inédites de Victor Hugo. Choses vues, 1888, p. 291-330. — Victor Hugo, Oeuvres complètes de Victor Hugo. Actes et paroles. 2 publiées par Paul Meurice, puis par Gustave Simon, 1937-1940, p. 123-125. — La Presse, 2 octobre 1875, p. 3. — Robert Sinsoilliez, Marie-Louise Sinsoilliez, Victor Hugo et les proscrits de Jersey, Ancre de marine, 2008. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Hayes - Arsène Pierre », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013.

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